Pourquoi JASS ?

Pourquoi JASS ?
Le JAZZ a dans les veines du sang africain, c'est certain - jaja signifie "danser", jasi "être excité"- ; mais peut-
être aussi une racine enfouie, d'origine indonésienne -"jaiza" faisant écho aux sons des percussions. En français dirions-nous : "cela va faire jaser", parler ? Le 2 avril 1912, le Los Angeles Time évoque la jazz ball irrécupérable du lanceur Ben Henderson. Dérivé de l'argot, le mot jizz, renvoie à l'énergie, au courage et à la vigueur sexuelle. Le jasz a également l'odeur entêtante du JASMin, des parfumeries françaises de New-Orleans. A moins que l'étymologie du mot ne vienne de JASper, danseur esclave des années 1820, d'une plantation louisianaise ? Ou JASbo Brown, musicien itinérant et joueur de blues avant-gardiste de la fin du XIXe siècle ? Musique interdite, jouée dans les bordels, ce langage d'origine black american établit le lien indivisible entre le corps et l'esprit. Par la perpétuelle énergie de son discours, il puise dans l'Instant la force d'enrichir son long parcours, toujours bien vivant. J-ASS donne la fièvre et guérit ! Essayez-voir.

mercredi 14 décembre 2011

CHARLIE CHRISTIAN – la naissance d'une guitare : Swing to Bop.

L'enfance de l'art est un lever de soleil.



Et puis le jazz devint un art urbain. C'est entre les murs enfumés des clubs, dans ces dancehalls suffoquants des nocturnes de Harlem, que le swing vit le jour.

Le Minton's Playhouse ouvre ses portes en 1938. A cette époque, Charlie Christian a dix-huit ans. A cette époque le jeune Charlie expérimente un matériel nouveau et une façon de jouer toute aussi bleue. On ne dira pas Bop ; encore moins Rock. Le son de l'instrument n'a pourtant pas la marque de son époque. Car l’effilement minutieux de ses demi-tons, la façon d'augmenter, puis de diminuer ses accords, de les attaquer comme du poivre au moulin, laissent entendre le sirop salé d'une musique qui ensorcelle. Un autre feeling. Amplifié. La découverte d'un son, d'un nouvel instrument aux possibles infinis.

C'est sur une contrebasse qu'il s'initie. Ses premières notes dans l'orchestre d'Alphonso Trent, en 1934, sont déjà de lointains souvenirs quand il entre, cinq ans plus tard, dans le sextet de Benny Goodman, une Gibson ES-150 à la main – semble t-il originellement inventée par Eddie Durham, tromboniste dans l'orchestre de Jimmie Lunceford.

Première photo d'un protoype de guitare électrique. Archives Gibson, 1924.
Après avoir été une attraction régionale du côté d'Oklahoma City, le génie de Charlie s'épanouit au volant de sa Ferrari, d'août 1939 à juin 1941, auprès d'un des plus populaires jazz band de l'époque. Benny Goodman est sublimé par le jeu de Charlie. En quelques jours, Christian est passé de 2,50 $ la nuit à 150 $ par semaine. Il va rapidement hisser la guitare à niveau égal de la contrebasse ou de la batterie dans l'importance de l'accompagnement et, profitant de la considération des musiciens de l'époque, va développer des solos qui donneront à la guitare ses nouvelles lettres de noblesse.

"Rose Room" et "Stardust" en 1939, "Breakfast Feud" en 1940, "I Found A New Baby" et surtout "Solo Flight" en 1941 (véritable concerto pour sa guitare arrangé par Jimmy Mundy pour le big band de Goodman) firent ses belles heures de gloire.




After Hours à Harlem


Revenons au Minton's. Dans cette cour de récréation du soir pouvait jouer, délivrée de toutes discriminations, une nouvelle vague d'artistes au style vif et précis. Au virage des années quarante, Henri Minton attribua la programmation du club au chef d'orchestre Teddy Hill.
 T. Monk résidait au piano, Kenny Clarke aux baguettes. L'autre Charlie, Bird Parker, avait quatre années de moins et déjà se profilait en lui l'envol migratoire du new jazz. Le laboratoire du BeBop était en place. Un nouveau public de boulimiques venait s'empiffrer de caviar (quasi) gratuit ! Les chaudes soirées s'emmitouflaient, pour la nuit, dans une tornades d'improvisations, sur des structures modernes auparavant inexplorées.

En mai 1941, c'est lors d'une jam session d'anthologie que Charlie et Dizzy s'échangent d'improvistes mélodies en escalier, glissantes sans tomber, elles feront immédiatement école. Kerouac s'en inspirera pour concevoir l'écriture automatique. Des générations de musiciens – tous instruments confondus – s'inspireront de ses élégantes techniques stylisées.

Associé à l'époque swing, le vocabulaire musical de C.C a néanmoins été étudié et imité par les premiers boppers. De Tiny Grimes à Barney Kessel, d'Herb Ellis à Wes Montgomery. Plus encore, on comparait, déjà en son temps, la tenue de ses solos à celle d'un vent. Le grand Lester Young observait attentivement ses prises de risques contrôlées, ses solos sans bouche aux longues notes tenues puis, fuyantes à toute vitesse comme la brise. Il semblait être un saxophone dans la dextérité de son style, dans le prolongement câblé de son souffle électrique et de tout son velours cuivré.

Jamais on n'avait entendu gratter ainsi. Ses deux micros, c'était son secret. Ils produisaient un champ magnétique enveloppant ; le ronronnement parfait. C'est souple et animal ; un coup de pouce rond, un phrasé sans ongles. Barré dans des futurs fastes, on perçoit le génie de Charlie dans la courbure de ses doigts aux longs crescendos fiévreux, dans son style tout en tension et en relâchements soudains. Charlie Christian incarne indéniablement un virage dans l'histoire de la grande musique moderne ; celle qui vient du Blues et de Bach...

Il disparut prématurément à vingt cinq ans de la tuberculose. Bien qu'il n'eu pas le temps d'enregistrer professionnellement en tant que leader, les compilations sur bandes de ses sessions en tant que sideman - où il est souvent le principal soliste - suffisent à témoigner la touche d'un pionnier. Il resterait le premier à avoir fait découvrir l'ancien instrument électrifié, tandis qu'au même moment, à Paris, Django le manouche peaufinait un tout autre genre de swing...






Enregistrements :
Lady be good (au Carnegie Hall, 1939)
Star dust (avec Benny Goodman, 1939)
Seven come eleven (avec Goodman, 1939)
Six Appeal (avec Goodman, 1940)
Waitin' for Benny (jam session, 1941)
Breakfast feud (avec Goodman, 1941)
Solo Flight (avec Goodman, 1941)
Stompin' at the Savoy (jam session au Minton's, 1941)

mercredi 30 novembre 2011

IMPRO. au club : seul à plusieurs.

Bien d'autres, des plus habiles, l'ont, avant moi, écrit. Causer jazz c'est aussi jaspiner de rencontres. D'un verre et d'un cornet. D'une main sur un clavier. Des éclats de rires à contre-temps et d’acoustiques
 états-d'âme bleutés. Les mimiques des plus concentrés, l'abandon des décomplexés.

 Aller au jazz-club, c'est un peu comme se retrouver seul en plein milieu de Time Square. Tout est inconnu et sauvage tel un vertige pétrifié, tel une jungle de cristal dans un carton mâché. La mélodie s'entrechoque aux nuisances du quotidien et, pourtant, l'échéance tumultueuse de l'Instant, contribue – dans une certaine mesure – à sa grande création. Ça secoue drôlement au milieu de ce fatras, cet éclat de nuit vernis de songes ; sanctuaire païen pour nostalgiques visionnaires.

L'expérience du visuel a fondamentalement une incidence sur le ressenti. C'est curieux ; je ne l'ai vraiment compris qu'hier, à New York ou à Sète (je ne pourrais dire l'année). Auparavant, de mes découvertes musicales, je me délectais seulement par l'ouïe. De ses mouvements sur mon épiderme et ses folles insolences, de ses histoires sans visages qui n'ont pas de fin... Pourquoi aller voir un live en fermant les yeux, hein ? Je n'avais envie de voir ni de connaître le matériel. Les musiciens j'y pensais souvent après, quand le disque était déjà terminé et que l'écho langoureux du point d'orgue résonnait, en s'éloignant de mes tympans. Trop tard, leurs sons étaient déjà devenues miens.

Je me disais que les créateurs étaient simplement les passeurs de l'anonyme. N'existe-t-il pas pour chaque chose plusieurs beautés ? Le jazz n'est pas un être unique. Sa diversité annulerait presque le mot ; comme si cette musique avait voulu être plus ou autre chose qu'elle même.

Pourtant, jouer le blues originel, le chanter ou l'écouter, ensemble, c'est aussi le détourner de sa route solitaire. Son véritable salut pourrait résider à l'endroit de cette infinie liberté collective.

La musique semble avoir besoin de silences à plusieurs pour se reconnaître. Confronté à l'auditoire, sa pudeur abandonne l'éclat du récital partitionné pour livrer un état d'âme, une vérité. Le rythme visuel – une sorte de battement coloré – voit sa tonalité modelée par l'espace, la lumière, la forme, la texture et la nuance que l'on y met. On imagine souvent le jazz en noir et blanc. Ma photographie musicale épouse une palette multicolore, composée de faisceaux kaléidoscopiques ni blancs ni noirs, ou tout est en reflets.

Le même jour, au même lieu, deux sets ne se ressemblent jamais. Sans pare-feu, la somptueuse création, si soudainement accomplie, si immédiatement donnée, nous offre un bouquet d'émotions libres. Chacun reçoit ses propres illuminations. Les pèlerins voyagent où leurs esprits les guident. A choisir : un souffle éthéré de Nouvelle-Orléans ou l'écho satin de Scandinavie.
Smalls, NYC, Avril 2010.
Maintenant, lorsque j'écoute ...at the VanghuardBirdland ou New Morning, puis quelques jams au Stone, lorsque je m'absente sur les planches en pin de Juan, de Rio ou Tokyo, maintenant j'entends – sur l'enregistrement – le crissement des chaises en bois, l'effeuillement des billets, le tintement des verres entassés, accompagnant une rumeur d'ombrelle. Les odeurs de cuivres humides et de cuirs tannés. Le goût d'un moment passé, qui gouleille longtemps sur la glotte maltée. Des mains s'entrelacent, des doigts se délassent, il y a un fumet de nuit. Afin d'en distiller chaque arôme, d'en sublimer chaque humeur, nous avions tous les oreilles plus grosses que le ventre.
 Parmi les calmes et les excités, j'observais l’envoûtement du jazz, joyau sauvage, qui ne pouvait pas longtemps rester seul.

 Lyrisme écarté, après le concert : plus qu'une poignée. Les références et l'humour des musiciens donne envie de commenter, puis de se réserver, de laisser le hasard justement s'exprimer. La musique, en liant, fait surgir une vérité : l’incommensurable imagination de l'homme, de l'artiste uni à ses électrons, tout autour d'une émotion. Que j'aime aller au cinéma...

Je voudrais trouver les mots et leurs silences. La liberté dans la contrainte. Etre à la fois le vide et le plein liés. S'essayer, tout juste là, sans gommer. Seul à plusieurs dans ce club de jazz. Il y a tant de rêves à rêver les yeux ouverts. Jaune col traîne dans un coin.

dimanche 20 novembre 2011

La BlaXploitation en B.O. (et en mieux !)

Une dynamite 100% black !

C'était déjà tellement vieillot quand c'est sorti, que ça n'a pas prit une ride... à dire vrai, ça aurait presque rajeuni. Aujourd'hui source d'inspiration pour le cinéma de Tarantino ou de Spike Lee ; influence majeure du hip hop ; du graphisme ; des représentations de l'homme noir dans la société moderne ; c'est un fait : la BlaXploitation – contraction de black et d’exploitation – est trop touchante pour qu'on puisse en dire du mal. Je commencerais par cela, en essayant de vous transmettre la tonalité rythmée de son message, à la fois grotesque, divertissant et émouvant.

Tout en m'engouffrant une bonne poignée de série B. à la sauce black américaine, je jubilais de cette audacieuse supercherie et me demandais comment j'aurais pu réagir à l'époque. Aurais-je été séduit par ce style explosif et populaire, cette vigueur à contre-courant, par ces furieuses bandes sonores fondues sur images – aussi suaves que dansantes, amplifiées de bric et de broc, cette parodie du cinéma holywoodien... ?


La petite histoire de ce mouvement socio-culturel s'inscrit dans la grande : celle des Etats-Unis du début des années 70, celle du cinéma indépendant, celle d'une nouvelle communauté afro-américaine, une jeunesse vengeresse s'emparant des rues, black & proud comme le chantait déjà James en 1969.

Pour le spitch, ce sera simple. Déjà, nos super héros n'auront rien à envier aux votre. Ce seront des Clark Kent et des James Bond en puissance (et en mieux !). Nos justiciers auront la classe et le bagou de cette époque : un grand coup de balais sur l'avenir prédit !

Mais, le black hero parle différemment ; sa virilité est noire de toute façon. Il y a, non seulement, les prouesses sexuelles et les gros calibres qui pétardent, mais en plus, et de partout, ce sous-entendu obnubilant : Tout ce que vous faites, nous savons le faire (et en mieux !). Que ce soit pour les films policiers ou les enquêtes de détectives privés (trilogie des Shaft), pour le cinéma d'horreur (Blacula, Le vampire noir, Abby), les arts martiaux (Black belt Jones), le péplum (The arena) ; pour le western (Boss nigger), l'espionnage (Cleopatra Jones), le film politique engagé (The spook who sat by the door), le comique ou la parodie (Uptown Saturday Night). Ce cinéma correspond à une esthétique qui, en empruntant des codes identitaires forts, amorce le concept d'une nouvelle époque, d'une autre culture, d'une société émancipée.

Certes, le scénario du film est secondaire, voir anecdotique. Et alors ? Vous n'avez pas le monopole des navets ! Et si les votre sont emprunts de puritanisme, les notre seront savamment cra-cra. Nous revendiquons notre langage châtié et nos attributs démesurés. De toute façon ce n'est pas ça la vraie question. Qu'est ce que nos frères noirs-américains ont envie de voir ? Du changement ? De l'entertainment ? Des belles poursuites en voitures débridées ? Des frères avec de l'oseille ? Faudra vous habituer. Au moins, dans nos histoires, les braquages on les réussit !

Bien sur, vous pourrez vous rincer l'oeil. Nous avons fait venir les plus belles femmes du Bronx (celles que vous n'aurez jamais d'ailleurs). Bref, vous allez voir la vie de nos rues, notre soul kitchen, tout cela, que vous ne connaissez pas encore, notre quotidien (et en mieux !)
De toute façon, nous n'avons pour modeste prétention que le désir de divertir notre communauté, trouver le bon rythme et, je l'espère, les dégainer de leurs sombres pensées.

Il y en aura des comme vous, des comme nous, des flics et des voyous, quelques hommes blancs, bedonnants et corrompus, bien sur des frères noirs, sapés comme Sly et sa famille de Stones. Encore plus charismatiques que père Sidney, c'est dire. Devine qui régal le dîner ce soir ?

 Une chose est sure : cette fois, ce sera vous les looser. A nous les stéréotypes ! Nous allons vous montrer l'autre facette des voyous, danseurs de cabaret. La vie de vos serviteurs, balayeurs, zonards, pilleurs, gangsters, pimps même. Comment sont vraiment vos dealers, tous ces bandits ou esclaves des ghettos dont vous parlez de loin, que vous vous targuer de représenter avec vos yeux fermés. La mode du Gagsta black est lancée. Dans un monde de scénarios bien réglés, de personnages minutieusement étudiés, de partitions impeccables, d'options et d'actions bien placées, qu'est ce qui fait obstacle ?

Pauvreté, violence, drogue, jeux, prostitution, sexe, ont plusieurs mode de lecture. Dans tous les films de la BlaXploitation, le héros justicier, le vengeur ou le repenti montrent une énergie sans failles pour gagner une reconnaissance légitime au sein de la communauté. Pour la première fois, à partir de cette période, des comédiens noirs sortiront des traditionnels rôles que vous leurs (dé)laissiez…

Parce qu'ils sortent du cadre, des standards montrés. Parce que leur attitude décontractée plait avant de choquer.

Vous avez dit voyou ? Avec de l'humour c'est encore mieux n'est-ce pas. Tout ce baratin, c'est juste pour vous émousser. Nos films n’ont en aucun cas une vision dogmatique, rappelant - par exemple - celle des  Black Panther. Ils rendent simplement compte de manière poétique (oui !), de la situation des années 70, aux États-Unis, notre pays. Et tant mieux ! <<<<<<<<<<<<

La musique, je m'en charge. Il n'y aura rien de mieux, mec ! Ce sera celle que vous ne connaissez pas encore. Celle dont vous ne pourrez nous déposéder. La meilleure musique que vous puissiez imaginer, celle qui fait balancer le buste et les mollets  qui frissonne et s'érisse sur la peau contaminée.
 Chaque personnage aura son Hit. Comme Morricone avec Sergio Leone (en mieux, bien sur !). Super cool, super fly. Par ici, c'est c' qu'on aime. De la Soul music, men. Et si t'arrives pas à suivre le tempo, t'en fait pas : rien n'est congénital, il parait. Vous verrez, un jour vous aimerez.

Parce qu'il y a quelque chose qui lutte, au travers, pour se faire entendre. ENTENDRE c'est bien de ce sentiment que l'image touche. La blaXploitation chante haut et fort l'existence d'une contre culture représentant une nouvelle ère démancipation pour la communauté afro-américaine.


La musique soul de la pellicule noire.

Le film amorce date de 1971. A sa sortie, Sweet Sweetback's Baadasssss Song, tournée par Melvin Van Peebles, fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le pays. Le réalisateur réussit à allier langage cinématographique et politique en dirigeant ce long métrage d’un bout à l’autre de la chaîne de production et de diffusion. Ainsi, il se démarque largement des standards cinématographiques de l'époque par sa manière d'orchestrer la publicité de son film. Il utilise une méthode inexistante jusqu'alors : celle de la bande originale. Il a fait appel au groupe de soul-funk Earth, Wind and Fire, encore largement inconnu, et crée ainsi l’alliance parfaite entre la musique et le cinéma noir-américain.

 D’un point de vue technique, il utilise des cadrages non conventionnels avec un montage psychédélique hérité des films pornographiques de l’époque (textures multicolores, pellicules surexposées). Le "white citizen council" classera le film X pour le démonter auprès des diffuseurs et du public. Van Peebles en ferra un objet marketing. D'ailleurs, il apparaîtra en bas, à gauche de l'affiche ; c'est le Blanc qui ne veut pas que les afro-américains voient le film. Contre toute attente, le concept fut une énorme réussite commerciale qui ne resta pas longtemps inexploitée par les grandes firmes du cinéma.

La même année sort Shaft, les nuits rouges de Harlem , cette fois ci produit par un grand studio mais toujours réalisé par un noir : Gordon Parks (photographe et journaliste). Shaft sera un succès planétaire grâce en partie à la musique originale d' d'Isaac Hayes (c’est d’ailleurs ce film qui sauvera la MGM de la faillite).

 Chaque projet était l'occasion de fournir une bande originale de qualité aussi (si ce n'est pas plus) célèbre que le film. Des voix rondes et des cuivres rassurants. Impeccablement montés. Les rythmiques afros décalées, subtilement mêlées aux guitares qui cocotent ; aux cordes séductrices vibrant glissando. De ce sentimentalisme honnête et pur wha-what en couleur la fièvre des 70's.

Tous les grands musiciens noirs de l'époque ont exercé leurs talents dans cet exercice de style. La liste est longue et non exhaustive : James Brown (Black Caesar), Curtis Mayfield (Superfly, Short eyes)Isaac Hayes (Shaft, Truck Turner, Three tough guys), Johnny Pate (Brothers on the run, Bucktown), Marvin gaye (Trouble man), Norman Whitfield (Car wash), Edwin Starr (Hell up in Harlem), Roy Ayers (Coffy), J.J. Johnson (Cleopatra Jones), Willie Hutch (The Mack), Herbie Hancock (The spook who sat by the door) et Barry White (Together brothers)...


Shaft trailer (1971) par SaleSud


Foxy Brown trailer par SaleSud


Blaxploitation Hommage par Faabwell

 

mercredi 9 novembre 2011

Jazz in Jackson Pollock.

Jackson Pollock, Autumn Rhythm (n°30), 1950. Oil on Canvas, 266.7 x 525.8 cm.
Metropolitan Museum of Art, NYC.
" L'art moderne , pour moi, n'est rien de plus que l'expression des aspirations de l'époque dans laquelle nous vivons. Les Classiques ont pu dépeindre leur époque. Toutes les cultures ont eu des moyens et des techniques pour exprimer leurs aspirations immédiates. Ce qui m’intéresse c'est qu'aujourd'hui, les artistes n'ont pas besoin d'aller vers un sujet extérieur à eux-mêmes. Leur source est différente. Ils créent de l'intérieur.
Il me semble que l'artiste moderne ne peut exprimer son époque, l'avion, la bombe atomique, la radio... sous les anciennes formes de la Renaissance ou de toute autre culture du passé."
Jackson Pollock.

AMOUREUX DU SWING

Le swing est un maillage de temps faibles et de temps forts ; une texture "stretch", sur une balançoire, une continuité syncopée - répétée à l’infini -, c'est une substance dynamique, pulsionnelle et métrique. Régulier dans ses battements, le swing désobéit pourtant la cadence et transgresse le métronome. C'est une sereine turbulence.

Quand on observe, avec attention, l'oeuvre de Pollock – depuis ses débuts jusque dans ses peintures finales – on contemple une rythmique bien précise. La fureur sans le désordre. Dans ses formes réside le swing sauvage de la batterie de Krupa, les orchestres fous du Count et du Duke. Dans l'impulsion du geste peintre on retrouve l'explosif Sing, Sing et la touche à la Benny Goodman ; une pointe de Billie et de Lester, suspendus au silence de la ville, le style à la Jelly Roll, un souffle parsemé de Coleman Hawkins et de Ben Webster.

Lee Krasner, peintre et épouse de Pollock, expliquait à propos de Jackson : "Il se mettait en condition en écoutant ses disques de jazz, pas seulement pendant la journée, mais jour et nuit, nuit et jour pendant trois jours non-stop, jusqu'à ce que vous vouliez vous réfugier sur le toit ! La maison tanguait avec. Il pensait que le jazz était la seule autre chose créative qui soit arrivée dans ce pays".

Paradoxalement, lui qui dans ses représentations rejetait toutes formes de conservatisme, admirait sans limite les sonorités d'une époque révolue. Pollock est passé à côté du be-bop, dont il était pourtant le contemporain. Il disparut au tournant du jazz progressif qu'il inspira dans ses fondements mêmes. Viscéralement attaché à un "jazz primitif", de ceux qui poétisent la mélodie, ses créations ne relèvent pourtant ni du swing ni de l'ancien, l'esprit de Jackson bat la mesure, free & straight, le vif désir de l'inouï.


INSPIRATEUR DU FREE – CHEF D'ORCHESTRE DU CHAOS.
" Je ne me sert pas de l'accident comme d'une excuse. Il n'y a pas de hasard dans ma peinture."

Quel autre peintre a de cette manière été associé aux formes du jazz moderne ? De Kooning ? Mondrian ? Klee ? Basquiat ?

1960, quatre ans après sa mort, Ornette Coleman sort l'improvisation collective du Free Jazz (Atlantic). Une révolution sonore portant, en couverture du disque, la reproduction du tableau White Light de Pollock. Cette icône picturale restera comme un symbole. De sa spontanéité exacerbée, de l'affranchissement de ses formes, de ses techniques d'exécutions révolutionnaires se modèlera, tout autour, une musique noisy, aussi construite que déstructurée.

" Chaque morceau est totalement différent des autres, mais dans un certain sens il n'y a ni début ni fin pour ces compositions. Il y a une continuité d'expression, des fils de pensée évoluant continuellement, qui lient toutes mes compositions ensemble. Peut être est ce quelque chose comme la peinture de Pollock ".
Ornette Coleman, liner notes from Change of the Century, Atlantic.


Jackson Pollock, White Light, 1954. 


Comme dans la peinture de Jackson, on se sait pas véritablement dans quelle direction la musique d'Ornette Coleman va s'écouler. Cette fresque collective annonce belle et bien une nouvelle ère, faisant reculer les limites théoriques de l'apprentissage musical. Basée sur une improvisation totale, le double quartet du saxophoniste s'inspire des techniques des arts plastiques – notamment de celle du dripping – pour superposer les couleurs sonores d'un même spectre musical. La cohérence de l'ensemble répond avant tout de l'écoute et de la réactivité dans l'Instant. Aucun trait de pinceau ne peut s'effacer. Aucune note se corriger. Moment de grâce basé sur l'utilisation de techniques renversées, les formes du free sont, elles aussi, empruntes de contradictions humaines.

Pour improviser sans thème – et que cela tienne –, il faut accumuler une formidable mémoire d'accords inconscients, un abîme qui attend de s'étaler en surface. Ce sont les mêmes puissances des commencements qui doivent saisir le peintre et le musicien. Abîme de la fascination, griserie de la note juste, du cercle brisé, les déambulations du jazz épousent l'éclaboussure du vide, du cosmos et de son silence, s'offrant à l'abandon. La somme des accidents définit la théorie de l'oeuvre.

Plus recemment, Ken Vandermark enregistre en 2002 l'album Furniture Music (OkkaDisk) contenant le titre Immediate Action (for Jackson Pollock). A travers ce morceau, le saxophoniste s'inspire de l'expressionniste abstrait pour chercher de nouvelles formules de composition, essayant de retranscrire le mouvement gestuel du peintre, sa fragilité en suspend.

" La toile à peindre peut s'identifier à une scène de jeu non figurée, une arêne dans laquelle agir, plutôt qu'un espace dans lequel reproduire" (H. Rosenberg, The American Action Painters, 1952).

Rappelant de lointaines pratiques artistiques d'Asie, la toile, disposée au sol, remet en question l'équilibre traditionnel de la surface et de la tenue. Le mouvement du corps tout entier est sollicité dans l'écoulement de la peinture, libre, qui se répand, sans pinceau, sans partition. L'artiste, les deux pieds dans la toile, dirige, saisis par l'Instant. Les entrelacs de lignes et de couleurs, se déplacent aux quatre coins de la surface blanche. De cette polyphonie abstraite naît une musique dans laquelle s'affirme la primauté du geste, l'inscription du mouvement et son écho. Les lignes mélodiques s'entrelacent. Traits d'esprits instantanés, elles répondent pourtant à une logique de mémoire, une harmonie sensorielle. Le peintre, comme le musicien, doit maîtriser la ligne, le rythme, et l'espace – la littérature beat dans un coin, au chevet, pas loin.

C'est comme si Pollock avait indiqué un chemin imaginaire à suivre, un rapport intime entre l'artiste et le support : une sorte d'intensité qui ne vous permet en rien de savoir si ça va plaire, quand ça va finir ; éveiller ou faire hurler. Comme une croyance au premier rendez-vous, brisant le cercle, cassant le cycle, les perceptions visuelles et sonores sont, à l'aube des 60's, prêtent à vivre leurs propres expériences.








lundi 31 octobre 2011

Boris Vian snob la B.N.F.

Un Automne à Paris.


En trompinette Majeur, Boris Vian est célébré, jusqu'au 15 janvier 2012, à la B.N.F.

Cinquante deux ans après sa mort, le Paris littéraire rend hommage à l'éternelle jeunesse d'une personnalité hors du commun qui fit de l'écriture la musique de son existence. De St-Germain-des-Prés au Collège de Pataphysique, des clubs de jazz aux scènes de théâtre, nous voici conviés à plonger au cœur d’une œuvre riche et atypique, où verve et fantaisie se disputent la gravité d'une identité hallucinée. Certains le connaissent pour les mots, d'autres pour les choses. Les images qu'il en a. On le suit en sifflotant... Bon Vian Boris !

Avec cet homme-là, il faudrait presque rejouer l'histoire à l'envers. Reconnaître le poids de la postérité dans la trop tardive réévaluation d'une œuvre qui demeure aussi vibrante aujourd'hui qu'à l'heure de sa conception. Depuis la mort précoce de Boris, en 1959, le temps n'a cessé de jouer en sa faveur... comme s'il prenait de la bouteille, même vide.

L'an passé, la prestigieuse Pléiade accueillait ses œuvres romanesques complètes, en deux volumes. Un aussi joli - que tardif - pied-de-nez à l'institution littéraire, qui a toujours été mal à l'aise, voir assassine, avec cet insaisissable trublion, jongleur de néologismes fichtrement mélodiques.

Montrer Vian, le visionnaire, dans sa vivacité expiatoire, réparant le crime de sa modestie. L'agencement, à la fois chronologique et thématique, permet d'aborder le legs artistique du personnage par plusieurs entrées : le roman, la chanson, le jazz.De nombreux documents illustrent ce foisonnement créatif, compulsif et entier. Films familiaux, romans, partitions de chansons populaires, pastiches de polars, articles de presse, livrets d'opéra, critique Hot Jazz…

Boris Vian n'établissait pas de hiérarchie entre l' "art respectable" et l'expression populaire. C'est sans doute cela qui l'avait rendu scandaleusement inclassable de son vivant, et qui lui permet aujourd'hui de le demeurer.

" La chanson, disons-le tout de suite, n'a rien d'un genre mineure. Le mineur ne chante pas en travaillant , et Walt Disney l'a bien compris, qui faisait siffler ses nains. Le mineur souffle..."
Boris Vian, En avant la zizique, andante pataphysicoso, p.10.

Le parcours fait pédagogiquement la part belle aux manuscrits, bien sûr, mais aussi à des facettes moins connues de l'artiste improviste. La peinture, notamment. Pour la première fois, les six tableaux peints par Vian en 1946 – dont quatre signés "Bison" – sont exposés. Comme quand il parlait de jazz, sous les sobriquets Michel Delaroche ou Otto Link, et quand il écrivait dans la peau de Vernon Sullivan, Boris empruntait toujours les pseudonymes rieurs de l'anonymat.
Et puis, il y a son quotidien de musicien. Son ancrage à l'hexagone chantant. Ses nuits aux clubs, rive gauche. Ses malles d’objets fantasques. L'étui à trompette qu'il s'était fabriqué dans les années 1930. Il y a la tenue qu'il portait sur scène lors de sa série de concerts de 1955-1956.

C'est cet équilibre entre les disciplines qui marque la réussite de l'accrochage. Le parcours d'un déserteur qui disait vouloir "une vie en forme d'arrête". La plume Boris sonne en écho à des notes intimes, fort nombreuses qui, comme leur auteur, doutent.


Après une série de célébrations ayant marqué le cinquantenaire de sa mort en 2009, on annonce la sortie, au printemps prochain, de l'adaptation de L'Écume des jours par le cinéaste Michel Gondry ; avec Audrey Tautou, Léa Seydoux, Romain Duris et Gad Elmaleh.


Exposition
18 octobre 2011 I 15 janvier 2012


mardi 8 novembre 201118h30-20h00
Lectures et chansons avec le Tentette de Claude Abadie, Nicole Croisille etCarmen Maria Vega.
BnF I François-Mitterrand


Quai François-Mauriac, Paris XIIIe
Galerie François Ier









mardi 25 octobre 2011

Ode au Baryton : du salon à PEPPER ADAMS.

Le fusain fuit la gomme.

Commencer le saxophone enfant est une longue et éprouvante ascension du Mont Blanc. Tout est trop grand, lourd et inconfortable, comme un costume mal taillé. Puis, le corps grandit. La voix de l'instrument épouse la voix qui mue. L'ingrat pipeau géniard, limaçon, métamorphosé soudainement en élégant bijou de jade, se pose, deli-scat, sur le souffle mûr. Désormais, l'instrument aussi pourrait murmurer et gueuler juste.

Le baryton, c'est une toute autre histoire. Il me rappelle La Contrebasse de Sünskind. Une compagne qui se serait laisser aller. Pliée dans sa mallette de déménagement, plus personne ne veux croire au fantasme du gangster et de sa kalashnikov démembrée...
Jusque dans son port de cou, l'instrument est tourmenté. Son bocal, enlacé, se délie sur un large bec noir ou blanc, dodu, qui prend toute la bouche. Il faut se l'enfiler (qu'en disent les intrépides trompettistes aux commissures pincées) ! Selon qu'on l'attrape, timidement sur le bout des lèvres, ou qu'on accepte de l'embrasser à la ligature, sa musique réagit différemment. La grosse anche Z.Z 3.5 est plus râpeuse qu'un verre de Beaujolais. Elle sent l'humus salivaire, le malt distillé et le papier froissé.

Vilain canard ou objet incompris ? D'ailleurs, n'est-il pas autant un phénomène de cirque qu'un joyau de la musique ? Qui pense fanfare ou twist en le voyant ?

Plus complexe, plus lourd, plus grossier, plus gauche. Et pourtant... L'irremplaçable beauté du Baryton quand il renfle et se perd. Un long spasme intérieur. Dans sa voix de violoncelle qui s'enrhume, intensément humaine, il y a la voix d'un homme qui passe. Parfois il se met en colère. Son charisme apprivoise ses mélodies.

Certains véhicules capricieux réagissent en fonction du conducteur. J'aime ce genre d' "objet vivant". Vieille Moto Anglaise, Moulin à Poivre, Tire Bouchon ; Zippo. Le geste, la manière de s'en servir, définissent un mode de vie. Ce sont bien les petits détails qui font les grandes différences.


Ce ne fut pas Gerry Mulligan qui m'appris à aimer Baryton. Pas même ses rouges velours tangos, aux côtés Piazzola, tandis que ses compositions West-Coast faisaient – et feront longtemps encore – école. Pourtant, l'instrument que j'essayais d'apprivoiser révélait l'imprévisible de sa personnalité. Se défaire de son physique. Ni la volupté du jeu de Gerry ni même la profondeur des graves de Serge Chaloff n'arrivaient à me détourner du sens poivré de la mélodie d'Adams.
Il s'était discrètement révélé et ne m'avait plus quitté. La première fois, je l'avais entendu sur CHET. New York City se dorait de Californie. Sur sept titres, perles de minimalisme angélique, je découvrais l'émotion de Pepper Adams. Puis, décidais de tout écouter... tout ce que je pouvais trouver (à bon entendeur...).



C'est ainsi que je compris l'avoir toujours connu. La route... Sur Dakar de Coltrane. Bien sur, il était l'un des Cooker de Lee Morgan. Pour Quincy Jones, il avait contribué à l'incroyable Go West, Man !,  une fresque pour huit saxophones. Puis, Lucky Thompson, Tommy Flanagan, Kenny Burrell, Paul Chambers et Elvin Jones avaient été ses compagnons d'aventures. Il avait longtemps suivit la trompette de Donald Byrd, s'était brillamment illustré dans les orchestres nomades de Benny Goodman, Lionel Hampton, de Stan Keton et de Charles Mingus. Oui, la vulcanienne introduction de Moanin'...



Dans la profession, on l'appelait "the Knife", le couteau qui précisément ciselle – hard-bop – la mélodie en dentelle, des ribambelles de notes poivrées ; celles-ci s'abandonnant dans le grave. Comme s'il jouait aux échecs, Pepper détourne la mélodie en sens contraire, trompe son adversaire qu'il séduit, sans jamais quitter sa stratégie, il termine et signe : mat à la peau blanche. Son son, chaud-volubile-intense, le démarque des autres bopper... de Mulligan.

Dans l'ombre de son pavillon tout s'ébranle. Se lamentent des murs au parquet ciré. Peu à peu le cuivre happe, son écho entrebâille l'interminable porte aux soupirs.









Discographie personnelle
Pepper Adams Quintet (1957) (VSOP)
Critics choice (1957) (World Pacific)
Pure Pepper (1957) (Savoy)
The cool sound of Pepper Adams (1957) (Savoy)
10 to 4 at the Five-Spot [live] (1958) (Riverside/OJC)
Motor city scene (1960) (Bethlehem)
Stardust (1960) (Bethlehem)
Out of this world (1961) (Fresh Sound)
Plays Charlie Mingus (1963) (Fresh Sound)
Encounter! (1968) (Prestige/OJC)
Ephemera (1973) (Spotlite)
Pepper (1975) (Enja)
Julian [live] (1975) (Enja)
Live (1977) (Just Jazz)
Live in Europe - Impro 02 (1977)
Reflectory (1978) (Muse)
The master (1980) (Muse)
Urban dreams (1981) (Palo Alto)
Conjuration: Fat Tuesday's session (1983) (Reservoir)
Generations (1985) (Muse)
Adams effect (1985) (Uptown)

vendredi 14 octobre 2011

JEFF WALL – After "Invisible Man" by Ralph Ellison, The Prologue - 1999/2000

« Je suis invisible, tout simplement parce que les gens refusent de me voir [...] Sans lumière, je suis non seulement invisible, mais également sans forme ».


Trois mois pour rappeler la musique du siècle. C'était au Quai Branly, du 17 mars au 28 juin 2009. La civilisation du jazz y été représentée. Un labyrinthique parcours tissant finement la fibre culturelle du siècle le plus près. Le musée n'est-il pas originellement dédié aux arts premiers ?
De quelle façon les arts plastiques du XXe siècle ont été sensibles à l'effet du jazz des origines, jusque dans la nature de leurs évolutions contemporaines ?


Collections d'affiches art déco sur une rythmique tico-tico ; des photos frénétiques à la Carl Van Vechten ; de Matisse à Mondrian, Leger ; déambulation de pochettes à la Note Bleue, free, des éclaboussures de Pollock drippées ; J'avais vu Man Ray aux baguettes ; l'ombre de Cassavetes qui filmait sans diriger ; des cagettes façon Basquiat à la mode King Zulu ; j'avais vu le Jazz : l'abstraction Hip. A travers cette compilation d'images fondues, je contemplais l'impalpable couleur d'une culture populaire et vindicative, universelle et identitaire. Vermeille d'un art aussi beau majeur que mineur.
L'exposition, riche et délectable, terminait en clin d'oeil passionné : l'écho d'une musique posée sur l'ère contemporaine, la présence du jazz dans l'avenir ?

Après "The Invisible Man" by Ralph Ellison, le Prologue 1999-2000
Light Box - 174 x 250,5 cm
Fondation Emanuel Hoffmann, en prêt permanent à l'Öffentliche Kunstsammlung Basel
photographie Cinématographique.

Rendre Visible l'Homme Invisible.

Inspiré du roman Invisible Man de Ralph Ellison - écrit en 1952 -, ce tableau-photo de Jeff Wall illustre une culture noire, anarchiste et méditative. Après une émeute, sur les bords de Harlem, un homme tombe dans une cave à charbon. Il décide de suspendre 1369 ampoules – raccordées illégalement au réseau électrique de la ville – pour séjourner, seul, à l'écart d'une société blanche qui, de toute façon, ne le vois pas. Sans le savoir, c'est elle qui nous permettra de le voir. Dos à l'objectif, la lumière l'envahit. Il observe, absent, un phonographe marginal ; semble absorbé par une musique profonde... Un air de jazz se visualise. Comme c'est magique. Il s'agit d'une chanson de Louis Armstrong. Je jurerais entendre What did I Do To Be So Black and Blue...

L'homme noir, assis demi-dos, emprunte une attitude introspective. La face A de la galette 380g est terminée. Le diamant tourne maintenant dans le vide. De son sillage, on imagine un long silence remplit de questions, l'oeil comme retourné en dedans. Les mains sont occupées, mécaniquement, a astiquer une ampoule éteinte. Son corps est au centre, mais au loin.

 A vrai dire, le premier regard n'y prêterait pas attention. Une simple intervention humaine, quasi fantomatique. Le lieu inonde le physique pour symboliser – sans visage ni gesticulations – l'esprit. Les turpitudes de l'homme noir se situent dans ce huit-clos. Son linge, sa vaisselle, son embauchoir perdu, ce tapis circulaire et ses canalisations. Toute sa clandestinité dans un 25m².
Avant d'avoir vu la pièce, on entre dans sa musique. Les choses apparaissent nettoyées lorsqu'on réécoute plusieurs fois, la pupille des yeux grande éclairée.

On retrouve ici les thèmes de prédilection du photographe nord américain, l’absorption, la marginalité, l’exclusion et une subtile évocation de l’extraordinaire… Comme pour l'auteur Ellison, le symbole est absolument indissociable de la réalité dans l'oeuvre de Jeff Wall.

Jazzmen de l'objectif.

Peindre la vie moderne. Capturer le mouvement. Le représenter en grand format, sur des supports lumineux, comme des grandes publicités fluorescentes. Jouer avec les perceptions de la réalité. Modeler le visuel. Tel est le Dada de JEFF WALL, artiste conceptuel émergeant au milieu des années 70.

Il substitue le Paris de la fin du XIXe siècle par le Vancouver de la fin du XXe siècle et choisit le support photographique comme outil de représentation.

La démarche conceptuelle de JEFF WALL est aux antipodes de la spontanéité instantanée, de la composition intuitive ou du travail automatique. Ses créations d'espaces sont le résultat de très nombreuses prises qu'il corrige, retravaille et assemble ensuite. Les scènes et les décors sont reconstruits en studio tandis que les personnages sont des acteurs qui prennent la pose, des semaines durant, comme devant un peintre obssessionel. Nombres de photographies sont inspirées d'œuvres d'art classiques, réinterprétées par le prisme photographique. On retrouve Goya, Velasquez, Manet (Un bar aux folies bergères) ou encore Delacroix (La mort de Sardanapale). D'autres font échos à des romans, évoquent des films, des musiques ; mais jamais il ne s'agit de simplement illustrer. chacune de ses mises en scène est minutieusement agencée pour donner une impression finale inscrite dans l'illusoire réalité. Est-on si loin de la photo-documentaire ?

 L'artiste dira lui-même que son travail est de transmettre la représentation de l'évènement, pas de figurer la réalité.

Les mises en scène de la vie quotidienne de Jeff Wall sont des captures d'Histoire qui nient les images glamours et lisses de la télévision. Ces représentations mouvantes s’inscrivent toutes dans un avant et un après. Une histoire de conséquences pourrait-on dire. Il utilise d'ailleurs la vidéo pour personnaliser sa photographie. Encore et toujours, l’obsession du mouvement et de l'instant figé se confrontent au regard illuminé d'un artiste qui compose une mélodie du regard.
Destroyed Room, photo-box, 1978.

jeudi 29 septembre 2011

Route vers l'E.S.T. Esbjörn, pianiste perdu du grand Nord.

La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.
André Gide.

Archipel de Stockholm – 14 juin 2008.

Obnubilante et glaciale, l’atmosphère contemplative d'un groupe à la dérive, sur les eaux de la modernité, déverse la bande son des profondeurs sous-marines ; le groove de l'absence improvisée et ce jazz en remous – sonar électrique, ancrage classique – sur la bicoque à la proue sauvage. Qu'elle soit mystique ou fantasmagorique, la musique d'Esbjörn Svensson Trio est alimentée par une sensibilité qui trébuche. Tout finira dans l'implacable lyrisme du naufrage... Ce jour de juin, Esbjörn s'est livré au spleen de l'Océan. Il s'est abandonné dans l'exploration du monde, dans ses rares espaces insondés. Serti d'un minimalisme pudique, parfois défaillant, il se dévoile en sa personne l'expression d'une complainte des sens, submergée de lumière.

Dans la peau D' E.S.

La tragédie de l'histoire s'écrit dans le désordre du présent, une Leçon de piano se finissant. Comme Ada, un bout noué à ma cheville me reliait, musicien cavaleur, à mon beau clavier muselé. En l'offrant à l'océan, je me livrais en même temps – d'un excès d'abandon inconscient – aux titanesques éléments.

En attendant le soleil, j'ai couru vers l'Eden, entre le rivage et ce coin de liberté que j'abordais parfois, souvent, l'oxygène en sac à dos. Mon inaccessible muse colorée, tout droit venue des profondeurs, tu te déverses sur les rouages opaques de l'océan, ses incroyables courbures bleutées.

" Quand la musique est passée, éteignez les lumières...", qu'elle demeure intacte ; le frais miracle de la surprise, de l'écho, puis de la trace parsemée sur les sens.

Tout va bien. J'entends les sirènes attractives. Est-ce une vision ? Leur chant sinueux m'emmène ; bien trop loin peut-être. Je sombre dans le sonore, cette tumultueuse emprise musicale, à l'intérieur. Inspiré des abysses enchantés, dirigeant depuis toujours ma longue quête du son, j'atteignais ici sa plus ultime perfection. Le coeur des profondeurs.


Adieu mes amis d'enfance. Magnus et Dan adieu. Notre cacophonique sérénade, de tout mon être, encore m'éblouit. Ça cognait faussement juste. Les rotatives épurées de vos instruments me donnaient l'espace idéal et juste. Celui dont j'avais besoin pour créer. Je me reposais dessus vous pour m'évader, exprimer mon lyrisme déchiré et m’enduire de bruits charnels. Vous, toujours à mes côtés, me dictant le swing de mes folies, l'arpège de mes envies.
 A l'archet, les cordes de ton violoncelle, Dan, ont l'échos de lamentations désespérés, l'élégante sérénade d'une baleine bleue envolée... Quant à toi Magnus, mon vieux compagnon, je suis inlassablement possédé par tes virevoltants coups de balais métalliques, plus glacials que la banquise polaire, plus rapide qu'une syncope de nerfs. Vous me rappelez, toujours, une cadence d'humanité pressée. Aujourd'hui installé dans ma contemplative bulle de sérénité, votre sinueuse rumeur en vient à me manquer.


Notre musique s'intégrait si bien aux images. Le pur silence de l'océan. L'abstraction de la mesure. Je suis là, gisant, sur le plancher océanique, l'esprit haut. Au ciel me parviennent les chants migratoires des oiseaux en feu, attractifs et sombres. Mon esprit en cavale entend des formes que mes doigts filtrent, et distillent en nectar de jouvence. Chercher, puis trouver, avec des instruments encordés, l'essence d'une émotion actuelle. L'expérimentation. Dans cette fraction de temps où la vie défile, je revois, chavirant, la brèche des origines. Västeras ma suave Suède, Monk mon amour d'Amérique...

Et ma folle frayeur du givre, moi l'inuit d'une musique noire. Des ruisseaux d'influences cheminent, leurs cristaux de pluie délicatement accrochés aux turpitudes du temps. Ils sont plus blanches que croches, en accords parfaits majeurs éclaboussent l'obscure clarté du dehors. Je vous assure, je les entends ces notes, mes amis. Un défilement de courants marins, contradictoires comme la géométrie de l'Homme, me font grelotter puis, dans un long frisson, m'accordent – harmonieusement – cette implacable bouillonnement du corps. Comme si la beauté, elle aussi, se méritait.

Désormais je plonge en immersion et vole amoureux ; de cette nouvelle substance harmonieuse, à la fois liquide et sucrée, de cette belle grappe muscat encore sur pied. Dans ma folle quête du sous-marinier, j'égrène une espèce de mélodie sans mots. Je me baigne ainsi dans d'inexplorables tréfonds de corail, ciselés comme des moulures baroques. J'entrevois des cristaux de Bach et comprend un peu mieux l'élégance du grand Duke...
Mon piano absent tisse le filin frileux d'une féminité divine. Imaginaire, cette sirène aquarius n'en finit pas de m'émerveiller.

La recherche de sens persistante est une regrettable disposition de l'esprit. "On va toujours vers les bonnes choses pour de mauvaises raisons" disait Paul Valéry. Alors, mieux vaut ne pas chercher à savoir pourquoi je suis ainsi parti.

Adieu.















Discographie


When everyone has gone, 1993
Mr & Mrs Handkerchief, 1995
Winter in Venice, 1997
EST plays Monk, 1998
From Gagarins point of view, 1999
Good morning Susie Soho, 2000
Strange place for snow, 2002
Seven days of falling, 2003
Live in Stockholm, (DVD) 2003
Viaticum, 2005
Live in Berlin, 2005
Tuesday wonderland, 2006
Live in Hamburg, 2007
Leucocyte, 2008

lundi 19 septembre 2011

Film séance : SPIRAL - 2007.

RÉALISATION : Adam Green et Joel Moore.
SCÉNARIO : Joel Moore et Jeremy Danial Boreing.
AVEC : Joel Moore, Amber Tamblyn, Zachary Levi, Tricia Helfer et Annie Neal.

Un télévendeur, reclus dans sa bulle hallucinée, a un seul semblant d'ami : son patron, aux antipodes de lui. Une nouvelle lueur frappe Mason quand il rencontre Amber. Le peintre retrouve l'inspiration réouvrant la ténébreuse porte du passé. La création et son halo de destruction insufflent des sentiments profonds, dans le suspense d'une danse amoureuse marginale et métaphysique... chaotique, mystérieuse et dévorante comme un concert des grands soirs.



Avant tout, il y a LE CONTRASTE.
LA NUANCE. Et UNE PORTE anonyme. La lumière opaque de Portland l'automne. La solitude qui prend la pause. Le noir et le rouge, l'un dans l'autre ; l'un qui rêve, l'autre qui vit. Le téléphone.
Il y a du HITCHCOCK. Nous sommes des spectateurs manipulés. Et du JAZZ. Notre propre part de création est sollicitée.
Fluo against gouache ; un placard plein DE CROQUIS.
Autour : LA FOLIE. Le courant. Un CHAO romantique.
Dedans : Des règles. Le fort. Le faible. Cette ligne de vie.
Et puis, il y a la pause déjeuner. Le travail. La famille et Miles. Ce magazin de VINYLES : tout l'art de la musique noire. La sonnerie. Un homeless sax alto chevauche les SENS.
Il y a un tube de VENTOLINE. Une énigme. L'intime. Un modèle sur un tréteau.
Il y a enfin les turpitudes sonores de Todd caldwell. Sa musique de partout imprégnée, comme un filtre sur l'oculaire. Coltrane's Sounds, Ascension, Love Supreme, aussi.
LA TENSION de l'horreur suggérée. Le rejet. La palette et le verre d'eau.
Avant tout, il y a LE CONTRASTE.


    • J'ai du mal à entrer dedans, je t'avoue.

    • Et bien tant mieux. C'est justement ça l'histoire. Le jazz s'en fiche d'être accessible. Il n'accepte pas tout le monde. Pas tout de suite. Il n'est pas politiquement correct. Seuls les plus grands musiciens peuvent le jouer. Des maîtres. Dévoués corps et âme à l'étude et à la théorie de la musique ; aux règles. Et ces géants se rassemblent, le temps d'une session, pour justement briser ces règles qu'ils estiment si intimement. C'est décadent et charnel ; tout à la fois...

    • Mason. Je crois que le plus grand nombre de mots que tu m'ais dit d'une seule traite. Je n'en reviens pas.

    • J'aime le jazz...

    • Et moi le café.    

(à Louison...)


LE FILM EN INTÉGRALITÉ.

vendredi 16 septembre 2011

Le ravissement de LONNIE L. SMITH et ses Cosmic Echoes.

Lonnie's Lament.



Invitation à la méditation tropicante, en chute libre, aux roucoulements fiévreux d'une sieste estivale, à l'harmonie des sens, jusqu'au frisson, caressés d'un revers de vent. En son épiderme salé, la musique de Lonnie déverse ses vaporeuses lamentations sucrées. Elles sont mélancoliques et solitaires ; tristes jamais. Elles se répandent dans les interstices, envahissent suavement les murs de béton craquelés et chantent, comme des lierres vivaces, en déversant leurs moussons rainbow. Cavalent, en cascade, catapultent leur crinière de cobalt carmin.

Psychédélique, son jeu en grande nappes sonores, étendues fraîchement sur l'herbe, à l'horizon, sert le ressentie avant la prouesse. L'élégance de la rondeur, des respirations, est au service seul de l'émotion, ternaire et obnubilante. Ciselé au millimètre, son indéfectible goût de l'arrangement fera de Lonnie l'icône cachée des seventies.


Camarade de classe de Gary Bartz, il commence sa carrière dans la région de Baltimore, encore jeune adolescent, aux côtés de Betty Carter ainsi que des Supremes. Puis, il intègre, au début des années 60, l'illustre band des Jazz messengers d'Art Blakey. Max Roach et Rahsaan Roland Kirk seront également parmi ses premiers compagnons de jeu.
En 1968, sa carrière bascule lorsque Pharoah Sanders le demande pour ses premiers enregistrements solos. A ses côtés, Lonnie Liston Smith fera l'initiation d'un nouveau son, lui permettant de graver les plus belles pages musicales du mystique saxophoniste, encore tout envoûté d'une intense aura coltranienne (Thembi, Karma, Creator has a master plan, Summun, Upper Egypt...).


Un paysage harmonisé d'émotions purement sensorielles, aussi désertiques qu'amazoniennes. Le chant mélodique, fluide et mystérieux sert toujours l'osmose du climat. Inspiré d'un noir anthracite à la mode Soulage – un échantillon de couleurs dégradées – nous entendons, selon nos (dis)positions, ébène ou vermeille. Le mot "fusion" rencontre ici son sens premier. Kaléidoscopique, l'émotion dérive sur le cours d'eau sauvage ; tantôt en cascades tantôt en touches d'huiles paisibles. Un bourgeonnement incandescent filtre, par delà nos beaux tympans, l'éclosion solaire. En dedans ; il se cristallise des rayons de miel bruyère, quelques chants volatiles en réflexion, un mélodieux carambolage de pétales rosés.

Love is the answer. En balançoire, son style singulier, vif et profond, syncrétise l'ensemble des musiques afro-américaines depuis le blues rural jusqu'à sa soul primitive, puis son funk électrifié. Maestro du vide, équilibre Lonnie nous (pro)mènent à la concentration qui provoque l'oublie. Ce dont on ne se souvient pas révèle, parfois, ce qu'on ne peut oublier... Quand d'autres en étaient au Black Power, lui, sa musique ne protestait pas, ne levait pas du poing. Elle évoquait simplement le monde. Nous rappelait son originelle beauté.


Début 70, Miles Davis vient le chercher pour jouer sur On The Corner et Big Fun, certainement l'un des plus étonnants virages de sa carrière. « C'était la première fois que j'ai jamais vu un tel instrument », a déclaré Lonnie, « Ce Fender Rhodes était intimidant. Puis Miles m'a donné deux nuits à apprendre comment faire de la musique sur "la chose". Miles aimait introduire de nouveaux sons, d'une façon toujours surprenante. Voilà comment il a produit l'innovation d'une musique fraîche et libre ».

Nouvelle envolée pour Lonnie qui enregistre, dans la foulée, avec Gato Barbieri, Fenix et Under Fire sur le label Flying Dutchman de Bob Thiele. A cette occasion, il se produit avec Ron Carter, Stanley Clarke, Airto Moreira, Nana Vasconcelos, Bernard Purdie et John Abercrombie.

Ainsi, Bob Thiele lui offre en 1973 sa première opportunité d’album solo : il forme alors les Cosmic Echoes avec son frère, le chanteur Donald Smith. Il enregistre Astral Travelling (titre qu’il avait précedemment écrit avec Pharoah Sanders). Parmi ses musiciens, on retrouve James Mtume, Cecil Mc Bee et Joe Beck.

En 1975, Expansions propulse l'univers de Lonnie Liston dans un impressionisme smoothie tinté de voodooisme afro. Subtile mélange de jazz et de classissisme européen ; de paisibles promenades, ici -là, cadencées de pulpeux groove girons.
"Le reflet d'un rêve en or" pétille à la tête et s'évapore, tout doucement, dans une langoureuse aspiration. Son piano cristallin diffuse le champagne de l'ivresse ; laisse une trace opaque sur le regard lydien et ses inhabituelles perceptions stellaires.

L'harmonie des planeurs, les ailes libres sans moteur, épouse le vent, le tempo mesuré de ses courbures, espièglement démêlées. Le temps du spasme avant le fade, en élévation, notre esprit tourbillonne et s'oublie. Cyclone pacifique, dans les cheveux longs enrubannées : manque pas d'air ! Le sentiment libéré de pouvoir chevaucher dans toutes les directions, au galop dans sa tête.

Lyrisme exacerbé, brillance des cuivres méditatifs, cornes d'abondance au souffle long, les énigmatiques colorations électriques, entendues sur la musique de Lonnie, définissent le son d'une époque. Astrale transformation, le Fender Rhodes nappe de dentelles brodées le défilé exotique d'un saxo débridé, à feu et à sang.


Ce paysage, comme une fresque naturaliste – un sinueux labyrinthe cérébral – a une fin dicté par l'horizon. Ses bordures posent le cadre d'une oeuvre aux mensurations démesurées ; pourtant presque vide à l' intérieur. Les quelques touches de couleurs sont si précisément disposées qu'un seul élément ajouté donnerait une impression de trop.